Bernard MOITESSIER

Écrivain de grand talent, marin d’exception et philosophe reconnu bien au delà de nos frontières,
Bernard MOITESSIER (1925 – 1994) est entré dans la légende.

Il a suscité de fortes vocations en communiquant sa précieuse philosophie à tous ceux qui, épris de liberté, ont « franchi le pas » et s’épanouissent loin de nos contrées agitées. Tout ou presque… a été dit et écrit sur Bernard, personnage tout à fait hors du commun. « Ou presque »… je pèse ces mots car je crains justement, que son formidable génie de la simplicité ait échappé à certains et s’évanouisse dans les oubliettes de l’histoire, ce qui serait injuste et regrettable. Plus que tout autre marin, Bernard était hanté non seulement par l’obligation de robustesse du bateau, mais l’entretien, d’où simplicité maxi. Dans cette parfaite logique de marin, le pont de JOSHUA – par son dépouillement très étudié – a toujours constitué, à mes yeux, une incontournable référence de travail. Aujourd’hui, tout constructeur (amateur ou professionnel) devrait s’inspirer du meilleur de ce chef-d’oeuvre de bon sens pratique, sur alu comme sur acier.

Simplicité drastique certes, mais solutions minimum longuement mûries et réfléchies !… Sur le pont de JOSHUA, rien ne devait accrocher, rien ne devait blesser, rien ne devait coincer : ni rails ni pièces vissées, mais soudage de robustes anneaux en lieu et place (pour faciliter le surf du pinceau, tout garder propre et en finir avec les adhésifs de protection ! En outre, les solutions les plus économiques étaient à l’ordre du jour, car Bernard n’était vraiment pas riche lorsque Jean, mon père, lui construisit en 1961, la coque numéro 1 de JOSHUA à CHAUFFAILLES. Parmi les originalités de ce plan de pont – d’une rigueur monarcale – le fameux « capot Chinois » par exemple, mérite le détour : 100 % étanche grâce à ses judicieux volumes de dépression malgré l’absence de joint souple, inviolable, réduisant les ponts thermiques, il divise par 3 les temps de peinture sur son périmètre en maintenant l’aspect du neuf : qui fait mieux?

 J’étais bien jeune dans le métier lorsque ma petite équipe de compagnons démarrait à TARARE la construction en série des JOSHUAS, et le parrainage de Bernard me fut d’un sacré secours !

Plus de quarante années nous séparent aujourd’hui de la mise à l’eau de la coque de Bernard à LYON, et l’esprit du maître reste profondément enraciné dans nos réflexes – tout ce qui a pu être essayé de différent s’est finalement avéré souvent moins convaincant, alors, merci Bernard pour ton intelligente contribution à la conception des ponts métalliques de nos voiliers.

Joseph FRICAUD